26 juil. 2012

DJ LBR, l'art de la fête

Spécialiste des party breaks, DJ LBR a diffusé sur toutes les radios et dans de nombreuses soirées son sens du mix festif...

Vice-champion de France derrière Jimmy Jay du championnat de France DMC 1989, le Français affilié au Double H a délaissé la technique pour s'intéresser de plus près à l'ambiance qui règne sur les pistes de danse. Il est devenu un spécialiste des mixs et remixs faits pour mettre le feu en soirée. Sa longue carrière lui a permis de dépasser ses rêves et de passer aussi à la production.

Peux-tu me parler des party breaks, une de tes spécialités ?

Les party breaks ont commencé à exister avec l'arrivée du Wu-Tang en 1992, époque à laquelle le rap est passé à des rythmes plus lents. Les DJ trouvaient donc le moyen de sampler des voix, d'avoir des MC qui disent : "Put your hands up !" Sinon, les coeurs se seraient arrêtés de battre en soirée. Il fallait pouvoir donner un coup de fouet. A partir de 1994-95, il n'y avait que des party breaks… même un peu trop.
Pour ma part, j'ai commencé en 1992 en France sur le label Back To The Beat puis j'ai fait une mixtape qui m'a ouvert au marché américain. Je reproduisais la technique de mes pairs, je mélangeais les sources. J'ai fait au moins une centaine de maxis, je ne les compte plus. Ca apportait surtout de la notoriété car les revenus n'étaient pas très importants.

Tu as également fait des mixtapes ?

J'ai fait 18 volumes de Down With The King, les Wu Tang mixtapes avec des lives en bootleg. J'allais 2 ou 3 fois par an aux Etats-Unis et on faisait une razzia sur les disques puis on faisait des mixtapes avec des DAT. On en vendait aux puces et aux Halles : LTD - le quartier général -, Urban Music, Double Side à Pigalle. C'est toujours à peu près les mêmes spots.
Les ventes allaient de 200 à 500 ou 1 000 pour les meilleures. Avant on ne vendait pas des tonnes, maintenant tout se fait en podcast donc on ne vend plus rien… Le travail est toujours le même, mais la façon de communiquer a changé. On communique notre passion de la musique, cela peut déclencher des ventes ou donner envie de voir les artistes en concert.


Peux-tu me parler du Double H ?

A l'origine, il était composé de Cut Killer, d'East, d'Abdel, de Dee Nasty, de Crazy B et de moi. Puis chacun a amené son meilleur pote : Mouss, Damage, Cutee B et Pone nous ont donc rejoints. Nous avions chacun notre particularité, la mienne était les party break.  Nous étions partout pour occuper le terrain. C'était le début de cette communication de masse.
Le catalyseur était Cut qui portait le tout. A part l'album, chacun était indépendant, Double H était un label de qualité, mais pas une maison de disque. Dès qu'il y avait la mention du Double H, ça créait le respect, ça a créé la légende. C'était une synergie très stimulante entre nous, très peu de choses pouvaient nous atteindre. Nous continuons tous, tournés vers l'avenir.

Comment travailles-tu aujourd'hui ?

Je bosse beaucoup avec mon ordi, mais le son du vinyle n'a rien à voir avec le MP3 ou même le CD, c'est plus rond et moins fatiguant. Si les gens s'intéressent aux vinyles, c'est parce que c'est plus agréable à l'écoute. Le vinyle n'a pas de concurrent. Je suis toutefois pour la technique et pour aller avec son temps. Je ne suis pas passéiste.
Il devient de plus en plus difficile de vivre du métier de DJ, il y a seulement des cachets avec les soirées, comme pour les artistes. Mais nous n'avons jamais fait ce travail pour être riche. J'aime le vinyle, l'odeur du plastique, les pochettes. J'ai fait le tour du monde des magasins de disques. On se faisait des collections de dingue. Aujourd'hui, je vais sur eBay, c'est cool, mais ça m'enlève un truc.

Bonus :

- Retrouvez des mixs, productions et remixs de LBR sur son site de podcasts, sur Soundcloud et sur sa page Facebook.

- Un bon exemple de Party break, récemment mis en ligne par DJ LBR :

17 juil. 2012

DMC Online 2012, les 30 finalistes connus

Le DMC a dévoilé les derniers finalistes de sa compétition en ligne qui seront départagés du 14 au 27 août 2012...

Le 6 juin dernier, Tony Touch, créateur du DMC, s'étonnait qu'aucun Américain, Anglais et Français ne soit aux 3 premières places des 2 premières manches du DMC Online. Les résultats du 3e round, annoncés le 17 juillet 2012, n'ont pas été plus favorables aux 3 grandes nations du DJing avec 2 Portugais (DJ Cruzfader et DJ DarkPsycho) et un Brésilien (Erick Jay) sur le podium. La France, les Etats-Unis et l'Angleterre ont toutefois des représentants classés dans les 10 premiers, à des places suffisantes pour accéder à la finale.
La compétition en ligne débutée fin février 2012 vient donc de révéler ses 30 finalistes, après plusieurs mois de sélections qui ont un peu manqué de rythme... Il faut dire que le calendrier prévoyant phases de soumission, de vote, puis de présentation des résultats s'étale dans la longueur.


DJ Vekked (Canada), 5e du round 3

Le système présente l'avantage de permettre à des DJ de nombreux pays de s'exprimer. Aux côtés des pays habitués aux finales des compétitions - il y a 2 Français (Fong Fong et Mr Vinz), 4 Américains et 7 Anglais sélectionnés pour la dernière étape -, un Equatorien, un Colombien, un Australien, un Polonais, un Hongrois, un Chilien et un Singapourien se sont hissé parmi d'autres à ce niveau.
Difficile toutefois d'avoir une vision d'ensemble des participants avec environ 80 vidéos, de qualités très inégales, à regarder pour chaque tour... une belle réussite en terme de participation qui laisse toutefois un sentiment de déception quant aux routines proposées. La plupart des DJ utilise leurs 2 minutes pour démontrer leur technique en scratch et en passe-passe et utilisent peu la possibilité d'intégrer d'autres machines et ainsi donner une touche d'originalité.


DJ Dagho (Colombie), 5e du round 2

Outre la longueur de la compétition, la compréhension des règles pour les votants n'est pas des plus simples. Le public sélectionne les 3 premiers au classement, alors qu'un jury de nombreux champions DMC sélectionne les 7 suivants à chaque round.
En regardant les résultats dans le détail, les DJ confirmés semblent assez logiquement plus portés sur la qualité technique que le public. Le niveau d'ensemble est toutefois plutôt correct, seuls quelques rares participants étant vraiment à côté de la plaque.


DJ B-Ese (Chili), 1er du round 1

La période des votes pour la finale est fixée du 14 au 27 août. Il faudra regarder 30 routines de 6 minutes pour se faire une idée du niveau de tous les concurrents... Rendez-vous le 4 septembre pour savoir qui succèdera à l'Allemand Unkut, vainqueur pour la première édition en 2011.

Pour la compétition classique, le DMC France se déroulera le 19 septembre 2012 au Rex Club à Paris et la finale mondiale les 27 et 28 septembre à Londres.

Bonus :

- Cocorico ! Les vidéos de Fong Fong (4e du 1er tour) et de Mr Vinz (8e du 2e tour) qui leur ont permis d'atteindre la finale...



1 juil. 2012

DJ Nelson, champion du monde DMC persévérant

Le DJ strasbourgeois est devenu champion du monde DMC catégorie "battle for world supremacy" en octobre 2011...

Après plus de 10 ans de scratch, DJ Nelson a gagné la plus prestigieuse des compétitions avec ses influences bien plus larges que le hip-hop et une attitude à toute épreuve. Ses routines communicatives empruntant à Rage Against The Machine ou Busta Rhymes sont représentatives de sa passion pour les platines qui lui a notamment attiré la sympathie de Q-Bert. Animateur d'une émission de radio à Strasbourg depuis 1999 (Streetbeats sur RBS), le créateur du collectif turntableast va continuer à jouer en soirée et prépare un premier breakbeat. Il nous raconte ses trois participations au championnat du monde DMC.

Round 1 : fight !

"A Londres en 2008, il y avait plus d'une centaine de DJ, dont 28 pays représentés en Battle for world supremacy. Le DMC était quelque chose d'énorme pour moi car je n'avais raté la vidéo d'aucune édition depuis 1997. J'avais la pression car j'avais un gros respect. Certains DJ n'ont jamais fait de première place et ont du mal à se relever de leur défaite.

Après avoir battu le Philippin au premier tour, je tombe sur le champion du monde, Shiftee. Je passe en premier et quand son tour vient, il porte un T-shirt avec une photo de moi avec écrit "french bitch". Manque de bol, il tombe sur quelqu'un qui aime la compétition. Je sors alors la routine "Rage" (en vidéo ci-dessous) que je voulais garder pour la finale et je le dégomme ! C'était LA battle du DMC 2008.
Au round suivant, contre SPS, le champion américain, pour la première fois un Français gagne en attitude contre un américain, ça les a surpris. En finale, je rencontre Switch qui est très à l'aise alors que j'ai beaucoup de pression. Ma concentration flanche et ma routine n'est pas super propre. J'accepte ma 2e place et on fait la fête, notamment car Traumateam fait 2e par équipe et DJ Fly gagne en individuel. Je reste dans l'ensemble insatisfait de l'exécution de mes routines cette année-là."



Round 2 : you loose !

"Je reviens en 2009, mais je ne le dis à personne pour préserver le côté battle. Après la victoire en France, je retourne au championnat de monde et je me rends compte que ma carrière va se jouer sur ces quelques jours. Je rencontre de nouveau un Américain avant d'affronter l'Anglais Switch en finale. J'avais mieux préparé mes routines, mais j'en sors une trop forte en demi contre le Mexicain. Je perds d'une voix en finale, avec l'Anglais Tigerstyle qui vote pour moi et le Français LigOne contre.

En 2010, il me fallait un an de pause pour prendre du recul. Je voulais préparer un retour où il n'y aurait pas photo. Je suis toutes les compétitions, je bosse, je décortique. Le soir du championnat de France, je tourne en rond dans ma chambre. Getback gagne contre Skillz, puis perd au championnat du monde en finale contre Switch.

Lors d'une date au festival Interférences avec Eklips en septembre 2010 à Strasbourg, je rencontre Q-Bert. Il vient scratcher chez moi, vient dans mon émission de radio et me dis que je peux passer quand je veux chez lui. Je l'ai pris au mot et quand, en 2011, je vais à San Franscisco, il me dit de passer chez lui et me présente des potes avec qui on scratch pendant une journée (vidéo ci-dessous), ça m'a donné de la force.
Quand je rentre, je me mets à l'entraînement pour le DMC. Quand tu as fait 2 fois vice-champion du monde, il ne faut pas blaguer, tu dois tout donner."



Round 3 : you win, perfect !

"Je n'avais plus fait de battle depuis deux ans, il fallait donc repartir de zéro pour les routines. Je passe le Portugais au premier tour et Getback perd contre le Brésilien. J'hallucine, mais je reste concentré. Contre l'Américain Fascinate, je joue la "Busta Rhymes" (vidéo ci-dessous) - qui ne rentre pas aussi bien qu'au championnat de France - et la "Everyday". L'alliance de musique connue et de technique fonctionne très bien.
Comme les Japonais l'avaient prédit à l'hôtel, je rencontre Norihito en finale. Je lui sort Skrilex et Slayer découpé en dubstep alors que lui était plus hip-hop. Les gens n'étaient pas vraiment prêts à ces choses nouvelles, mais ma victoire est propre."



Bonus :

- DJ Nelson interprète librement sa routine "Street Fighter" (retrouvez bien d'autres vidéos sur sa page facebook) :

24 juin 2012

DJ Oil, des Black Notes plein la tête

L'ex membre des Troublemakers Lionel Corsini revient avec un nouvel album toujours empreint d'une soul dense...

En deux disques et une compilation, les Troublemakers avaient réussi à se faire un nom en évoluant pourtant d'un premier album, Doubts & Convictions (2001, Guidance), orienté électronique à un second, Expressway (2004, Blue Note), nettement plus soul.
Cette soul est de nouveau au programme du nouvel album de DJ Oil qui prolonge en solo le projet du groupe de donner de la fraîcheur à des influences 70's. Difficile en effet de ne pas penser au Trouble Man de Marvin Gaye par exemple à l'écoute de ce Black Notes (Discograph)...

Dès le premier titre, la référence aux travaux passés est de rigueur avec la présence de Gift Of Gab, invité marquant du précédent long format, qui répète le mot "black" un peu à la manière de l'excité présent sur All We Love aussi extrait d'Expressway.
Black Notes
, pour titre, blaxploitation, pour référence, black music pour mot d'ordre.


DJ Oil ne répète toutefois pas exactement le modèle d'Expressway qui explorait de multiples directions. Il préfère creuser le sillon d'une musique instrumentale dense et pressée où chaque instrument, chanteur ou rappeur vient raconter une histoire.
Le spoken word de Reggie Gibson, le rap de Gift Of Gab ou la flute de Magic Malik sont ainsi présents en renfort pour écrire un chapitre.

En arrière plan, un groove envahissant et urgent, entêtant et brulant. Une fièvre à la basse structurante, à la batterie fougueuse, qui prend tout son temps pour monter et se développer. Sans passéisme, l'auteur retranscrit la lutte et l'énergie de la blaxploitation.
Il se permet aussi quelques détours, avec notamment ce Mind Your Step avec Sam Karpienia qui s'inspire plus de l'orient que des rues de Harlem. Lionel Corsini laisse aussi transparaître des souvenirs d'Afrique (P.O. Box), son goût pour le jazz et même une teinte house (Buddy), tout en préservant l'atmosphère soul dominante.

Bonus :

- Réécoutez quelques titres des Troublemakers dans la radio de ce blog.

- Le clip du titre Black Notes avec Gift Of Gab :


Dj Oil - "Black Notes (feat.Gift Of Gab)"... par Discograph

5 juin 2012

Versatile, label et état d'esprit musical de Gilb'R

Avoir 15 ans d'ancienneté pour un label est aujourd'hui le signe d'une belle résussite... mais comment fait Gilb'R ?

Monté de Nice à Paris en 1990, c'est en passant par Radio Nova que DJ Gilb'R découvre la house et commence sérieusement à mixer. Après des périodes rap, puis drum'n'bass, il s'est ensuite ouvert plus largement aux musiques électroniques avec le développement de Versatile qui compte dans ses rangs I:Cube, Etienne Jaumet, Nicolas Ker (chanteur de Pony Hoax) ou Zombie Zombie. Un certain éclectisme revendiqué par le créateur de ce label dans ses choix artistiques comme dans ses mixs qui nous parle, entre autre, de sa vision de la scène actuelle.

Quel bilan tires-tu de Versatile après 15 ans d'activité ?

Etre encore là aujourd'hui est une grosse surprise, même si nous avons connu des périodes plus florissantes. Nous avons des projets, de disques à sortir. J'aimerais bien dénicher des artistes plus jeunes, de nouvelles signatures, mais je ne trouve pas de morceaux qui m'éclatent dans ce que j'entends. J'aime les personnalités, distinguer une personne derrière la musique, ce qui est à contre courant de ce qui se fait aujourd'hui. Sous des dehors très ouvert, cette époque reste très fermée.


Faut-il produire pour tourner aujourd'hui ?

Aujourd'hui, un disque est une carte de visite pour tourner, sans, c'est très difficile d'avoir des dates. C'est regrettable car un bon producteur n'est pas forcément un bon DJ et vice-versa. Le public est ouvert, mais les promoteurs sont moins aventureux dans leur choix que par le passé. Maintenant, un club préfère avoir un gros guest payé cher dans le mois et sinon un résident qu'un invité différent chaque semaine.
Du fait que les disques ne se vendent plus, l'industrie a évolué. Je pense qu'à terme, la musique sera gratuite. L'histoire de la musique reproduite sur support est assez courte, en l'espace de 100 ans, on revient  à une situation où les gens sont plus intéressés par le live.


Y a-t-il aussi eu une évolution technique ?

Maintenant, on peut tout faire sur ordinateur, la musique se consomme de manière différente. Les bedrooms DJ, en jouant des mp3 mal compressés ont formaté l'oreille des gens dans un spectre plus réduit qu'avant. Je pense quand même qu'il y a de la richesse dans un vinyle, une chaleur, une rondeur dans le son que l'on ne retrouve pas avec les mp3.
J'espère que dans le futur, les DJ vont se dégager de ce diktat invisible. J'espère plus de fantaisie ou de personnalité pour revenir à quelque chose de plus ludique, de plus humain. Il serait bénéfique de revenir à quelque chose de plus artisanal, que la musique soit moins fonctionnelle. Je pense que ceux qui peuvent être créatif actuellement, sont ceux qui ont une activité à côté. Quand tu n'as pas de pression sur les ventes, tu fais ce que tu veux.

De ce fait, comment gères-tu les artistes du label ?


Les gens qui créent un label aujourd'hui doivent faire plus de management qu'auparavant, quand on pouvait passer par un tourneur sans qu'il ne soit intéressé par la production car les disques se vendaient. Mais maintenant que ce n'est plus le cas, le label qui ne fait que ça ne peut pas vivre. Nous fonctionnons toutefois ainsi chez Versatile car nous sommes une petite structure. L'époque où l'activité d'un label était lucrative est derrière nous.

Où joues-tu maintenant ?


A partir de septembre, nous allons retrouver avec Versatile une résidence au Rex club. C'est le seul club où l'on peut s'autoriser plein de choses, où le sound system est bon, qui a une vraie culture dance music et qui n'a pas ce côté discothèque très français. Actuellement, nous voyons l'émergence de plein de soirées, comme les Concrete ou les Die Nacht dans un esprit rave. C'est le retour d'un truc plus libre et plus convivial qu'en club, avec des DJ pas forcément connus. Il n'y a finalement à Paris pas assez d'endroits de nuit alors qu'à Berlin ça bouge sans arrêt.

Bonus :

- Un mix de Gilb'R réalisé pour les 15 ans de Versatile :



- N'oublions pas que Gilb'R produit également de la musique avec I:Cube sous le nom Chateau Flight et avec Nicolas Ker sous le pseudo Aladdin.

25 mai 2012

Kodh et sa guitare-platine pour les concerts de Voice Hands Machine

Le champion du monde DMC 2000 a créé le sxrxtch pour scratcher sur scène comme un guitare heros.

Composé de Kodh (chant, scratch, clavier) et Rhom (boîte à rythme, clavier), Voice Hands Machine a publié le 15 mai 2012 un maxi trois titres, Cold Jam EP, dans lequel le duo continue d'explorer une électro-pop synthétique et rythmée sur laquelle se pose une voix légère.
Si le scratch est absent de leurs compositions en studio, il fait son apparition en concerts, pour lesquels le vainqueur de la première battle for world supremacy du DMC en 2000 a inventé un instrument particulier... le scrxtch.

"C'est une platine CD couplée à une console de mixage qui se porte comme une guitare ou une basse. J'ai pris une platine qui a un design de platine vinyle et une table à deux voies, j'ai reprogrammé le tout et déplacé les boutons de contrôle pour une meilleure prise en main", explique l'intéressé dans le magazine Trax de mai 2012.

Démonstration :



Le dispositif peut aussi être connecté aux logiciels Serato ou Traktor pour multiplier les possibilités. Toujours dans Trax, Kodh indique qu'"avec le scrxtch, le DJ peut enfin faire corps avec son instrument. Il peut se livrer à des performances inédites et exprimer de nouvelles attitudes et créer de nouvelles techniques."
Le Français cherche ainsi, comme lorsqu'il faisait des compétitions de scratch, à apporter sa propre touche et à "stimuler l'avant garde des musiques électroniques". Il n'y a donc pas que les Scratch Bandits Crew qui sont fans de bricolage autour des platines !

Bonus :

- Le maxi Cold Jam est en écoute sur la page Soundcloud de Voice Hands Machine :

21 mai 2012

Erik Rug, DJ passionné depuis 1978

Après 35 ans derrière les platines, le Français continue sa quête de nouvelles tendances dans le seul but de satisfaire le public...

1978 à Nancy, une autre époque pour les DJ. Erik Rug débute, puis vient à Paris où il devient résident du Rose Bonbon, boîte rock-new wave sous l'Olympia. Après un passage à Berlin, il s'installe à La Locomotive (devenue depuis La Machine du Moulin Rouge) où, après avoir joué rock quelques années, il monte les soirées H3O avec Laurent Garnier. La house débarque alors discrètement en France. Il s'en lassera aussi par le suite pour continuer son envie de diversité et de nouveauté. Ce sera avec Waxgroove qu'il accomplira ce désir d'éclectisme. Emission sur Radio Nova puis soirées au Rex Club, c'est aujourd'hui au Nouveau Casino que Rug enchaîne encore les pépites soul et funk...

Dans quel état d'esprit mixes tu aujourd'hui ?

Je ne me suis jamais autant éclaté que maintenant comme DJ, car j'ai un mélange d'expérience et de fraîcheur dans ma musique. Je fais plein de soirées, Googoomuck au Nouveau Casino, les Waxgroove, je suis résident au Silencio, un club très exigeant avec une clientèle très différente et qui attend une musique différente. J'y joue très mainstream, ce qui m'amuse : Kanye West, Katy Perry, Metronomy, Phoenix, Chromatics, Justice… un savant mélange de tout ça pour envoyer de l'énergie communicative donc positive. Je suis dans la recherche permanente de nouvelle musique.

Comment conçois-tu ton travail ?

Un DJ fidélise une clientèle, fait que les gens restent tard et consomment. C'est un aspect à prendre en compte pour un DJ résident. C'est différent pour un flying DJ qui a un promoteur qui doit faire déplacer le public. Moi, j'ai la volonté de faire revenir les gens, de les faire danser.
Et ce n'est pas parce que tu fais ça depuis 30 ans que tu captes tout tout de suite. Il m'arrive de me planter ! Pour Waxgroove, c'est assez spécialisé donc la réussite joue sur la qualité de la sélection. Chaque soir est différent, c'est une recherche perpétuelle et tu peux te casser la gueule d'un disque à l'autre. Mon expérience m'aide mais me dessert aussi car je peux me baser sur une réflexion acquise.


Et techniquement, qu'as tu changé ?

Je mixe avec des vinyles à la Waxgroove et sinon avec mon ordinateur. J'ai mixé pendant un temps avec les CD mais tu te retrouves vite à avoir le même problème de poids qu'avec les vinyles. Tu mets tes classeurs de CD dans des sacs de vinyles et tu as de nouveau des problèmes de dos. J'ai mis deux ou trois mois à encoder des tonnes de morceaux en .wav pour passer à l'ordi.
C'est en train de me révolutionner la tronche dans la manière de mixer, enfin pas techniquement. C'est une assistance statistique qui ne défaillit jamais à la différence de la mémoire. Je n'ai plus besoin d'avoir tous mes disques avec moi, j'ai juste besoin de me souvenir ce que je veux et j'ai des playlists si je n'ai plus d'idées. Je peux aussi rechercher par tempo ou par année.

Comment estimes-tu que le métier a changé ?

Il n'y a aujourd'hui plus de régularité du travail, aucune garantie. C'est devenu un métier particulièrement difficile qui peut s'arrêter du jour au lendemain, si on n'a pas aimé ta prestation par exemple. Il y a énormément de concurrence et il faut connaître des gens sinon tu n'as aucune chance, même si tu as du talent.
Le plus compliqué est quand tu es généraliste car il faut gérer la diversité des styles musicaux. Etre éclectique est un challenge plus difficile à gérer. Quand tu es spécialiste en hip-hop ou en électro, c'est autre chose, tu enfiles les perles. Pour un DJ, si tu ne prends pas de risque, tu ne t'éclates pas, mais en en prenant trop, tu peux te prendre un mur.
Nous sommes aussi dans une ère de consommation plus rapide. Dans les années 1970, on pouvait passer un titre progressif de sept minutes s'il était bon. Maintenant, il faut des phases plus speed, c'est un paramètre qui s'ajoute dans l'évaluation de ton travail. Tu peux toujours passer un morceau long mais il faut bien le placer et repartir vite.

Bonus :

- Un mix Waxgroove - téléchargeable - venu de la page Souncloud d'Erik Rug :

18 mai 2012

Turntablism dans Smells Like Hip Hop

La série documentaire sur le hip hop diffusée sur Canal Street consacre son épisode "T" au turntablism...

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Les épisodes sur les beatmakers, les origines, le terrain vague de La Chapelle et bien d'autres donnent aussi la parole à des DJ...
Pour naviguer dans les épisodes, cliquez ici.

15 mai 2012

ParisDJs.com, podcast et éclectisme à l'écart du dancefloor

Derrière le nom "Bureau de tendances musique" se cachent des passionnés de musique qui ne cessent de partager des heures de son via des podcasts...

Le site ParisDJs.com offre un espace aux "vieux DJ qui veulent jouer des disques qu'ils ont kiffé sans avoir pu les passer en soirée", explique Loïk Dury, ancien programmateur de Radio Nova et cofondateur du site avec Djouls.
Tout débute en 2005 à la mort du guitariste de la Motown Willie Hutch. Loïk Dury constate que personne n'en parle et appelle Djouls, bien branché sur Internet, pour demander ce qu'il peut faire. Celui-ci lui propose de faire un podcast. Le site Paris DJs voit alors le jour avec un mix en hommage à Willie Hutch. Le lendemain matin, 125 personnes l'avaient téléchargé sans aucune promotion.

Cette expérience décide les deux hommes à proposer un mix hebdomadaire. Le site a depuis pris du volume et deux nouvelles sélections par semaine sont désormais disponibles en plus d'interviews et de playlists. L'équipe et les activités se sont aussi élargies avec le regard tourné vers la production.
"Aujourd'hui, quand je vais à Tokyo, en Italie ou aux Etats-Unis, dans les magasins de disques, ils connaissent Paris DJs", raconte le cofondateur. La recette de leur réussite ? des podcasts très pointus sur des musiques rarement diffusées en radio et issues de disques souvent rares. Chaque playlist comprend un lien vers le site de l'artiste et la pochette originale.


"De nombreux labels nous envoient de la musique, je fais donc régulièrement des sélections de nouveautés", explique Loïk Dury. A côté de ces "bag of goodies", le site a publié près de 400 mixs dans des styles très variés, funk, soul avec un regard très porté vers l'Afrique, et dont les auteurs sont tout autant issus de l'équipe maison que de l'extérieur...
Parfait pour s'aérer l'esprit, se découvrir de nouveaux horizons musicaux ou retrouver les références les plus obscures grâce à des DJ qui partagent ainsi leurs goûts, hors du dancefloor.

8 mai 2012

DJ RLP, pionnier désabusé du DJing

Après 30 ans de carrière, DJ RLP préfère ranger les platines que travailler dans de mauvaises conditions...

Il est venu du Canada en 1983 avec le DJing dans ses bagages. Au travers de ses mixs sur toute la bande FM (de RFM à FG en passant par Skyrock, Radio 7 ou Europe 2) et dans de nombreux clubs, dont des résidences aux Bains, au Palace ou au Queen, Robert Levy-Provençal (RLP) a porté la bonne parole pour pousser les Français à passer du bon vieux pousseur de disque au vrai DJ. Il a finalement réussi à mettre le DJ au centre de l'attention, mais dans un climat qui ne le satisfait pas... loin de là.

Comment étais-tu reçu dans les clubs quand tu es arrivé en France ?

Les gens ne comprenaient pas vraiment les DJ, ce qui est d'ailleurs encore le cas aujourd'hui… Parfois, il fallait jouer Les Démons de minuit après du Chic ou Planet Rock de Bambaataa ! Le matériel dans les clubs n'était pas du tout adapté, il fallait scratcher sur des platines à courroie… j'ai d'ailleurs parfois endommagé les tables de mixage. Avoir une fiche technique était une injure, il fallait faire très attention où on mettait les pieds. Comme j'ai installé ce concept en France, j'ai essuyé les plâtres. Les clubs n'ont toutefois compris que récemment qu'il fallait une fiche technique pour un DJ, avant je n'avais par exemple des retours qu'une fois sur cinq…

Comment cette situation a-t-elle changé ?

A Paris, le premier qui a compris qu'il fallait inviter des DJ guest est David Guetta lorsqu'il était directeur artistique du Queen en 1993. Il a tout d'abord fait venir David Morales qui n'était pas encore connu. C'était assez inconcevable de dire qu'on allait lui payer l'hôtel, l'avion, etc. alors qu'il n'y avait qu'une infime partie du public qui connaissait les DJ, ça concernait surtout le 8 et le 9e arrondissement de Paris. Le Queen a vraiment ouvert les portes de ce phénomène. Les autres clubs l'ont ensuite compris au fur et à mesure, faisant venir d'abord des bons DJ et aujourd'hui des DJ connus.

Justement, comment as-tu vu évoluer le milieu club et DJ ?

Les choses sérieuses ont débuté au milieu des années 1990 avec la french touch, qui restait toutefois un phénomène parisien, avec quelques DJ connus en France mais surtout à l'export. De 1995 à 2005, il n'y avait toutefois pas encore beaucoup de DJ. Il fallait avoir des vinyles, une culture musicale, etc. Il y avait quelques DJ stars, comme Carl Cox, mais tous les clubs ne pouvaient pas se les payer. Les DJ devait être bons et s'adapter.
Aujourd'hui, tout le monde est DJ, a les mêmes morceaux et faire venir un DJ en club n'a rien d'attractif. Il faut booker des DJ connus, ce qui veut dire qu'ils ont un titre en radio, et pas n'importe laquelle, et peu importe comment ils mixent. Cette situation rend la vie difficile pour les DJ qui ne savent pas produire de musique.


Les cachets des DJ ont aussi évolué de ce fait ?

Il y a eu une surenchère, les DJ savent qu'ils ont une valeur marchande et demandent de plus en plus d'argent. Cela devient difficile pour un club de lâcher 10 ou 15 000 euros pour faire venir un DJ. Chiffre qui augmente de 15 à 20 % par an. Il y a 20 ou 30 clubs en France qui peuvent se le permettre, mais comme il y a 2 000 lieux de nuit, il faudra passer à autre chose. Les grosses stars ne sont de toutes façons plus en club.
Ces derniers ne peuvent se payer que des DJ qui demandent entre 2 000 et 4 000 euros, mais ils n'ont pas de garantie de faire plus de monde qu'avec leur résident payé 200 euros la soirée. Il se créé un gouffre et certains patrons se demandent s'ils ne feraient pas mieux d'investir leur argent autrement, dans l'animation ou l'accueil, et de valoriser leur DJ résident. Car les DJ ne baisseront pas leurs tarifs car les contraintes budgétaires ne sont pas les mêmes au niveau international.

Comment vis-tu cette situation personnellement aujourd'hui ?


Je ne peux plus faire mon métier. J'ai pris la décision fin 2011 d'arrêter de mixer dans ces conditions, du fait aussi que je ne suis pas une superstar et que je ne peux donc m'exprimer comme je veux. Je joue seulement quand on me le propose et je pose des conditions draconiennes, qui sont artistiques et pas financières. Il y a un an, je demandais un cachet minimum, maintenant mon gagne pain est ailleurs - je gère deux agences de booking -, je suis donc seulement attentif à la clientèle et à l'ouverture musicale. Je veux faire mon métier dans des conditions dans lesquelles le public pourra apprécier, ce qui arrive encore de temps en temps.

Bonus :

- Le site d'une des agences de booking de RLP, Evidence Agency.

- Retrouvez l'interview de Ludovic Rambaud, rédacteur en chef d'Only for DJ's, qui dresse le même constat sur la situation des DJ en France.

22 avr. 2012

Scratch Bandits Crew, le groupe de DJ en mode long format

Après C2C et avant Pulpalicious, c'est le collectif de DJ lyonnais qui fait son retour discographique avec 31 Novembre (Infrasons)...

Après 7 ans de vie à géométrie variable, Scratch Bandits Crew est devenu un trio en 2009. Finie l'heure des compétitions, vient celle de la composition. Avec En petites coupures en 2010 (lire la chronique), le groupe posait les bases de sa musique. Il revient deux ans plus tard avec un nouvel album qui affine l'ébauche.

Le ton est mélancolique, la larme à l'oeil, le scratch est feutré. Le ton se durcit, le beat éclate avant de reprendre toute sa langueur. Quelques samples de voix hantent ce Heart Beat d'ouverture qui dresse magistralement l'esquisse des qualités du groupe. Justesse, sens de la mesure et de l'ouverture.
Dans une ambiance de musique de film, Supa-Jay, Geoffresh et Syr se faufilent entre influences jazz et volonté de faire bondir le dancefloor avec toujours cette culture hip-hop qui se manifeste en creux dans l'esprit, les rythmiques et la discrète présence des platines. Cette subtile mixture fraye son sillon l'air de rien, entre mélodies brillantes comme sur Light Graffiti part one et poussées plus dynamiques et syncopées, notamment sur Upside Down avec Marine Pelligrini en invitée.


Check It Out offre la synthèse de leur style avec les interventions scratchées de rappeurs à l'invective puissante, les percussions qui s'emballent et ce piano qui offre une ligne directrice cohérente. Un piano qui fait d'ailleurs figure de repère presque tout au long de cet album, apportant calme et rondeur à cet univers foisonnant.
Un équilibre qui se maintient dans la longueur avec l'énergique You Know et l'enchanteresse 2e partie de Light Graffiti qui mêle cet éternel piano tout en volupté alors que la rythmique se contient d'exploser pour laisser l'auditeur coupé dans son envol.

Pour bâtir leurs architectures en spirales, les Scratch Bandits enregistrent des musiciens pour donner ces textures organiques puis passent les sons dans leurs machines, parfois construites par leurs soins pour moduler et rejouer à leur façon. Des subtilités à saisir en concert plus que sur disque...

Bonus :

- Quelques titres de leur album en écoute sur Soundcloud (d'autres morceaux du groupe sont à retrouver dans le player du blog) :



- Découvrez le clip de Heart Beat, extrait de 31 Novembre :


Scratch Bandits Crew - Heart Beat (official video) par scratchbanditscrew

- Retrouvez Scratch Bandits Crew en interview dans l'émission Amplitudes du 30 juin 2012.

17 avr. 2012

Disquaire Day, samedi 21 avril 2012, achetez des disques !

Pour sa 2e édition, l'événement regroupe 176 disquaires en France pour fêter ces vendeurs indépendants...

Le 21 avril 2012 se tiendra le Disquaire Day. Version française du Record Store Day anglais et américain, cette journée est organisée par chez nous depuis 2011 par le Calif (Club action des labels indépendants français). Des gens qui ont l'intelligence de ne pas flinguer à tout va le téléchargement pour expliquer la crise du secteur :
"Cette crise est due, à la fois à une révolution technologique majeure non maîtrisée, le passage à l’ère digitale et au fait que, depuis les années 1980, les acteurs économiques de la filière musicale ont traité le disque comme un bien marchand quelconque soumis aux seules lois du marché", peut-on lire sur le site de l'événement.

Et le meilleur : "Avec le passage du vinyle au CD, on a appliqué au disque le « business model » du produit standardisé, le marketing à outrance, la grande distribution, la concentration et l’uniformisation de la filière. L’industrie du disque a alors négligé l’un des maillons essentiels de sa transmission auprès du public : les disquaires."
Et vlan.
En plus de votre amour du disque, ça fait deux bonnes raisons pour se bouger dans un des 176 disquaires partenaires de la journée.


Une 3e raison ? Vous trouverez en boutique des inédits proposés par les quelque 150 artistes partenaires qui ont imaginé pour l'occasion des 33 et 45 tours uniques. Parmi eux, 2 Many DJ's, Anthony Joseph & The Spasm Band, Camille, Chapelier Fou, Common, DJ Food, J Dilla, Matthew Dear, MC5 & Afrika Bambaataa, Sigur Ros, The Black Keys, etc.

Encore une raison de vous déplacer, des concerts seront organisés dans les boutiques...
Et pour finir la journée en beauté, un concert de clôture est organisé à la Gaîté Lyrique à Paris avec Claire Denamur, Jil Is Lucky, Hushpuppies et Krazy Baldhead

9 avr. 2012

Sorg, guitare, platine et MPC pour instruments

Avec un premier maxi sorti le 15 mars, Sorg dévoile son projet qui mêle beat rap et abstraction électronique...

De la guitare dans une famille de guitaristes, Sorg est passé de la batterie à la basse, puis d'Ableton Live à la combinaison MKII-MPC en 2007 et 2008. L'objectif était au départ de faire des beats pour des MC, mais il s'est vite lancé dans des compositions plus personnelles. Le projet s'est concrétisé après une masterclass de beatmaking avec Miqi O. à Besançon en 2011.

Et voilà donc ce premier maxi - Preface - mêlant samples intelligemment imbriqués, caisse claire qui claque, extraits de films pour l'ambiance et mélodies accrocheuses. Sorg aime multiplier les sources et les collages pour créer la profusion, alternant breaks en apesanteur et relances efficaces. Le tout dans un style abstract hip-hop sobre version plus lumineuse que torturée, et quelques influences rock qui ressortent par moment.


Avec 5 concerts au compteur, notamment lors de dates avec Lilea Narrative [lire l'interview] ou Robert le Magnifique, le projet est encore en phase de rodage... Sorg joue pour l'instant seulement avec son ordi et des contrôleurs sur scène, mais il compte bien intégrer la platine et le scratch.

Bonus :

- Ecoutez le maxi Preface sur le site Bandcamp de Sorg (en vente à 2 euros).

- Le clip du titre Remote :

2 avr. 2012

Only for DJ's, le dossier qui secoue l'univers des clubs

Avec un très intéressant dossier revenant sur 20 ans de culture club, le magazine Only For DJ's dénonce les nombreuses dérives de cet univers...

Rédacteur en chef d'Only For DJ's et auteur du dossier publié en décembre dernier, Ludovic Rambaud a souhaité faire le point sur la situation du clubbing international avec un regard rétrospectif sur les 20 dernières années. Le magazine fêtait justement ses 20 ans en 2011, alors qu'il était en redressement judiciaire, avant finalement de trouver un repreneur pour continuer l'aventure.

Pourquoi avoir publié ce dossier ?

Il m'a été inspiré par une accumulation d'anecdotes de DJ et d'agents qui allaient dans le même sens. Le système a changé et n'a pas évolué pour le mieux. On peut se réjouir que les DJ soient bankables, mais il y aussi des vices dans le système. L'argent est tabou dans ce milieu et personne ne veut en parler.

Comment ces vices sont-ils apparus ?

Le début des années 2000, à la suite de la vague french touch, a constitué un tournant. Il y a alors eu un formatage de la musique électronique, les morceaux longs ont laissé la place à des formats médias de 3'30. La musique de club a de plus en plus été destinée à un public très large. Tous les DJ internationaux sont devenus également producteurs et ont fixé eux-mêmes leur valeur. C'était le début de l'engrenage.
Il y a 20 ans, les DJ n'étaient pas autant mis en avant, même dans la position des cabines DJ dans les clubs. De plus, tout un tas d'acteurs s'est greffé autour des DJ car ils avaient un potentiel économique.


Tu dénonces un certain formatage musical, vient-il des DJ ?


Il y a des plus en plus de DJ sur le marché international, nous sommes passés d'une petite à une grande famille. Et il y a en effet par ailleurs, technologie aidant, un formatage musical par style. Toute la musique est désormais disponible sur Internet, les DJ n'ont plus d'avance et les playlists sont de plus en plus les mêmes. Avant, pour tourner sur le circuit traditionnel, il fallait du talent. Pour avancer, il fallait maîtriser les platines vinyles, une capacité de programmation, de l'énergie. Aujourd'hui c'est l'inverse, les jeunes DJ, grâce aux logiciels, arrivent sur le marché sans savoir mixer.

Quelle conséquence a la montée des cachets sur le clubbing ?

La conséquence directe est que beaucoup de clubs n'ont plus du tout les moyens de se payer ces DJ, même s'ils avaient l'habitude de les faire venir avant. Nous sommes dans la seule logique de l'offre et la demande avec des DJ qui ne réfléchissent qu'en terme purement économique. Ils ne traitent d'ailleurs plus directement avec les clubs, mais passent par des agents. Par exemple, le Suédois DJ Avicii a 23 ans, il a cinq ans de métier, est classé n° 6 du top 100 de DJ Mag, son cachet a augmenté au fil des années et aujourd'hui un club français ne peut plus se le payer.

Quels sont les facteurs de cette évolution ?


Le clubbing s'est internationalisé, il y a désormais des nouvelles destinations qui ont pris le dessus sur la vieille Europe comme Dubaï ou les Etats-Unis, mais aussi d'autres plus improbables comme l'Albanie, la République Tchèque, ou la Croatie. Ce sont des destinations fortes car il y a plus d'argent.
Les Etats-Unis sont devenus l'eldorado des DJ et l'Angleterre, la France ou l'Allemagne sont obligés de s'aligner. Les gros événements clubs français ont de plus en plus de difficultés à boucler leurs budgets. Cette année, David Guetta préfère d'ailleurs tourner dans des salles de concert plutôt que de faire des clubs.


Dans ton dossier, tu ne fais pas que critiquer. Peux-tu détailler les solutions que tu proposes ?

Au niveau du système de rémunération des DJ, il y a une vraie hypocrisie. L'argent est devenu le critère numéro un des DJ, mais dans les interviews, ils affirment tout le contraire, déclarant qu'ils ne sont guidés que par la musique. Si les DJ et les agents mettaient vraiment leur amour de la musique en premier, ils pourraient trouver une nouvelle solution de rémunération. Au lieu d'un versement de la totalité du cachet à l'avance, le DJ devrait estimer la valeur artistique du lieu et demander une partie du cachet avant de jouer, puis être payé en fonction de la soirée et de sa réussite.

Tu souhaites aussi qu'il y ait plus de prises de risques au niveau artistique ?

On retrouve tout le temps les mêmes DJ aux mêmes endroits et beaucoup de jeunes talents ne sont pas mis en avant. On retrouve toujours les mêmes têtes d'affiche dans les festivals car les programmateurs réfléchissent sur la capitalisation de l'image. Quand un directeur artistique fait sa programmation, il préfère se prendre un vent d'un DJ international que de choisir un jeune DJ. Les vrais talents sont ignorés car les directeurs artistiques ne jouent plus leur rôle de défricheur qui permettrait à de nouvelles têtes d'émerger.

Bonus :

- Le top 100 de DJ Mag qui reflète les DJ les mieux payés (attention les yeux).

- Une analyse (aussi critique) du bilan dance 2011 dans Only For DJ's.

27 mars 2012

DJ Cam, pionnier libre du hip-hop instrumental français

DJ Cam vient de publier l'album Seven (Inflamable Records), continue de tourner à travers le monde, creusant sa veine musicale en toute indépendance...

Converti au rap à partir de 1986, le Français a développé son propre style à partir de son amour du jazz, du hip-hop et des musiques de film. Après un premier album en 1994, il sort plusieurs disques et compilations mixées au cours des années 1990 durant lesquelles il est emporté par le tourbillon french touch même s'il ne joue pas de la house filtrée. Entre Soulshine en 2002 et Seven en octobre 2011, il s'est écoulé près de dix ans, mais DJ Cam n'était pas en vacances.

Qu'as tu fait depuis 2002 ?

J'ai produit des groupes, notamment trois albums de Fillet of Soul et une chanteuse qui s'appelle Inlove. Je produis des artistes au coup de coeur, je suis assez sélectif et toujours à la recherche de nouveautés. Mais j'ai de moins en moins de temps pour m'occuper de mon label Inflamable Records. J'ai fait des compilations mixées, un album de rap sorti sous un autre nom aux Etats-Unis et pas mal de remixs. Je ne peux pas m'arrêter de travailler, je pourrais sortir quatre albums par an, mais ce n'est pas possible, les gens ne pourraient pas suivre et ils ne pourraient pas être promus correctement.
Je fais énormément de sound design pour des grosses marques et je continue à jouer un peu partout dans le monde, mais pas plus de quatre dates par mois. Je sélectionne les bons clubs avec les bons promoteurs, là où je sais que je serai bien reçu.

Tu as fait pas mal de compilations dans ta carrière, comment envisages-tu ce type de disque ?

J'adore faire ça, j'envisage ça très simplement, c'est viscéral. Je me demande ce que j'aime sur le moment, ce que je veux faire découvrir. Puis je vois ce qui va ensemble et demande les autorisations. Pour toutes les compilations que j'ai faites, j'ai toujours pu choisir les titres que je voulais, sauf pour les marques - j'en ai fait pas mal - pour lesquelles tu as un cahier des charges.
C'est dommage qu'il n'y ait pas plus de compilations car c'est bien d'avoir des gens qui peuvent t'aiguiller au vu du nombre énorme de sorties. Sur iTunes tu as une visibilité de 20 nouveautés, donc tu as 90 % des sorties qui passent à la trappe. Deezer ou Spotify devraient demander à des DJ de faire des playlists.

© DJ Cam

Comment ton son a évolué au fil des années ?

J'ai un peu toujours le même style, mais j'essaie de me renouveler, d'amener des choses nouvelles, d'être à l'avant garde, intemporel, c'est-à-dire pas trop teinté par une époque pour pas que ça se périme. J'essaie de rester dans la même veine, sauf mon album de 2002 pour lequel j'avais pris le parti de le faire entièrement acoustique.
Pour les morceaux de rap, quand je fais un titre et que j'aime bien un rappeur, je lui envoie. C'est très impulsif, c'est ce qui motive ma carrière. Je n'ai toutefois jamais eu le temps de faire un album avec un rappeur alors que j'aie tout le temps des propositions.

Comment as-tu composé l'album Seven ?

Pour le précédent, j'avais tout composé chez moi puis fait rejouer par des musiciens. Je suis revenu à une production classique pour le nouveau, l'état d'esprit de mes débuts : en solo à la maison. Il y a seulement un pote avec qui je travaille depuis des années qui m'a aidé pour les arrangements de cordes et un peu de piano.
L'album est moitié instrumental, moitié chanté. Avec les deux derniers albums, je suis plus porté sur le chant qu'avant. Il y a notamment sur le dernier un petit côté pop-folk qui n'était pas vraiment voulu mais dont je suis content. Parmi les influences, j'ai découvert très récemment Radiohead et j'ai pris une grosse claque... je suis maintenant un fan incontesté.



Qu'est-il prévu sur scène pour ce nouvel album ?


Je vais tourner avec un nouveau live, à trois sur scène, que je présenterai le 3 mai au Café de la danse à Paris, puis je tournerai en Europe. Cela retracera 15 ans de carrière. Un film réalisé à partir des photos en couleur assez contemplatives que je prends depuis mes débuts sera diffusé en synchro avec la musique. Ce sera tripant et mystique. Comme le nouvel album marche bien, je vais aller un peu partout en Europe, en Russie, en Asie, en Malaisie, à Bali, aux Etats-Unis, etc.
Quand tu as commencé en 1994, pour continuer à tourner en 2012, il faut se renouveler, amener des choses nouvelles et faire de la musique de qualité. Le patron du club doit être sûr de le remplir, même s'il adore tes disques. Le souci de rentabilité est vraiment rentré dans le milieu de la musique, c'était pas comme ça avant. Les majors par exemple ne signent plus d'artiste en développement, ne prennent plus de risque. Pourtant, il n'y a jamais eu autant de bonne musique.

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Dix titres cohérents, avec une alternance de morceaux chantés et instrumentaux, composent ce nouvel album. Si le côté soul ressort plus que par le passé, c'est le côté jazz qui s'efface, notamment par rapport à Soulshine où les musiciens évoluaient librement. Les extraits instrumentaux s'inscrivent plus dans la continuité du style DJ Cam, avec ce goût pour le beat downtempo et hypnotique.

Bonus :

- Des extraits du dernier album de DJ Cam, Seven, et quelques extraits de ses précédents disques sont en écoute dans la radio du blog.

- Le clip de Swim (avec Chris James), extrait du dernier album et dans lequel l'influence de Radiohead est assez évidente :


- Une partie de l'interview de DJ Cam a été diffusée (avec quelques titres à lui ou écoutés par lui) dans l'émission Amplitudes du 24 mars 2012 (écouter le podcast).

22 mars 2012

Wilfrid de Baise, discret et omniprésent président du DMC France

Inévitable dans les travées du Mixmove, le pourtant discret président du DMC France se voit comme un "éleveur de champion"...

A la tête de l'organisation de la compétition phare de scratch en France, Wilfrid de Baise ne peut pas faire 5 mètres dans le salon du DJing (11-13 mars 2012 à Paris porte de Versailles) sans saluer des gens ou être interpelé. Président depuis 1989, il a vu défiler des champions qu'il a su amener jusqu'à la victoire mondiale. Sa longévité lui permet aussi d'avoir un avis plus qu'éclairé sur l'évolution de la discipline, dont il parle en toute modestie.

Comment a évolué le DJing en France depuis ton arrivée à la tête du DMC France ?

Il y a eu une montée jusqu'en 1998, année à laquelle nous avons atteint l'apogée avec les championnats du monde organisés au Palais des sports : 8 000 personnes, 4 000 dehors, 15 chaînes de télévision, c'était la folie. Nous sommes restés sur cette vague pendant trois ou quatre ans, tout le monde alors voulait devenir DJ scratcheur.
Le déclin des ventes de platine s'est alors amorcé avec des baisses d'environ 10 % par an avant de se stabiliser à nouveau. Nous sommes aussi passés à d'autres choses que du hip-hop, il y a beaucoup moins de DJ qui jouent du rap maintenant, même si cela reste une discipline hip-hop.

Et en terme de technique ?

L'autre tournant a été la victoire en individuel de Netik au championnat du monde en 2006. Il gagne avec une routine super technique, produite par Le Jad, un producteur de show. C'est la première fois que plusieurs personnes travaillent à la préparation d'un championnat. La technique est alors revenue au-dessus avec beaucoup moins de musicalité. La communauté qui s'intéresse au turntablism s'est réduite car la musique est désormais moins présente.

Quelle différence entre la coupe de France, récemment gagnée par DJ Topic, par rapport au championnat qui est plus connu ?

A la fin des années 1980, la Coupe de Paris était co-organisée par Dee Nasty, je lui ai demandé si on pouvait la reprendre et c'est devenu la coupe de France avec le DMC. Ce principe de battle qui marchait très bien en France a conduit à la création de la battle for world supremacy au DMC monde en 2000.
Avant, il y avait trois catégories : scratch, beat juggling et battle. C'était plus technique que maintenant. Depuis deux ans, faute de participants, le scratch a disparu et nous n'avons gardé que la battle, ce qui est beaucoup plus intéressant.
Il y a eu aussi des éditions ouvertes aux équipes, ce qui permettait à Fly de repartir avec trois trophées sur quatre... Son show lors de sa victoire au championnat du monde en 2008 a été élu récemment meilleur show de l'histoire du DMC (vidéo ci-dessous), alors qu'il y a plus d'Américains qui votent que de Français. Je pense que cette routine est la meilleure de l'histoire du DMC, à la fois accessible et technique.



Comment a évolué la participation aux compétitions en France au fil des années ?

Il y avait avant plus de participations à la coupe, dont certains qui participaient juste pour participer. C'était plus sympa. Selon les années, le nombre de participants par catégorie changeait beaucoup, une année il y avait 40 prétendants en beat-juggling, la suivante 40 en scratch. Maintenant, ils participent pour gagner, sinon ils ne viennent pas. Certains s'entraînent pendant six mois, voit la vidéo d'un concurrent sur Internet et laisse tomber. C'est comme ça depuis que la France a des champions du monde.
Sur 30 on en prenait 16 par le passé, mais c'était interminable. Et certains étaient bons sur vidéo, mais rataient tout sur scène. Maintenant on en sélectionne que 4 et on est sûr d'avoir de la qualité.

Et pour le championnat ?

C'est encore pire en terme de participation car ils peuvent n'être que dix. On élimine quand même ceux qui envoient des vidéos qui n'ont rien à voir avec la compétition pour qu'ils ne se ridiculisent pas. L'année dernière [2011], c'était toutefois le plus ouvert depuis longtemps.

Qu'est-ce que les évolutions technologiques ont changé à la compétition ?

Cela ne change pas grand chose, il y a toujours des platines, des cellules et une table de mixage. L'introduction de logiciels type Serato date d'il y a deux ou trois ans par équipe et en battle et de l'an passé en individuel. Cela pourrait demander d'être plus vigilant pour éviter les tricheurs, mais vu la qualité des jurés, cela ne pose pas de problème.
La différence, c'est que les DJ ne se cassent plus le dos à porter les disques. De plus, cela coûte moins cher que d'avoir à presser des disques… c'est donc assez positif. Il y aura toujours des puristes qui diront que c'était mieux avec le vinyles, mais il n'y en a plus beaucoup...

12 mars 2012

Coupe de France DMC-Numark, DJ Topic l'emporte

Dans une ambiance moyennement chaude, DJ Topic a gagné le 11 mars 2012 la Coupe de France DMC-Numark.

C'est au milieu de la grande foire que constitue le salon du DJing Mixmove à Paris porte de Versailles que se sont retrouvés quatre DJ pour cette compétition. Pour les juger, du gros niveau avec DJ Fly, champion du monde DMC 2008, DJ Nelson, champion du monde  en titre catégorie battle for world supremacy, DJ Hertz des Traumateam, multiple champions de France et vice-champion du monde DMC par équipe, DJ Fong Fong, 3e du DMC online 2011, et DJ Hitch, désormais formateur à la DJ Eanov School.


Un jury assez unanime pour sortir DJ Topic, champion de France IDA 2011, et Adjectif des demi-finales, dont les routines de deux fois 90 secondes sont plus propres que celles de leurs adversaires et leur attitude plus dans le ton.
Le premier place en finale un bon plan sur un morceau de blues, faisant reposer le début de son intervention sur la musicalité avec un rythme plutôt lent. Ces petites touches de musicalité font d'ailleurs peut-être la différence, car en scratch en ou passe-passe le niveau est assez proche de celui d'Adjectif. Ce dernier semblait quant à lui plus percutant en demi-finale, restant assez classique lors de l'ultime étape.
Un beau duel qui sacre assez logiquement Topic à l'unanimité du jury.

Outre la présentation des nouveaux projets de DJ Fly et de M-Rode, cette coupe était l'occasion d'assister à une excellente démo, malgré quelques problèmes techniques, de DJ Nelson dont le sourire, l'énergie et les body tricks sont assez communicatifs. Sa technique s'apprécie notamment dans sa relecture de Killing In The Name de Rage Against The Machine ou pour scratcher avec habileté le flow de Busta Rhymes sur le morceau Break Your Neck (au DMC monde 2011 dans la vidéo ci-dessous).


Bonus :

- DMC France sur Facebook

- Revoir la routine de DJ Topic au championnat du monde IDA 2011 :

1 mars 2012

Crazy B, de l'amour des medleys à Birdy Nam Nam

Crazy B a commencé à mixer dans les années 1980 dans les MJC du 78 avant de devenir le scratcheur et producteur désormais connu avec Birdy Nam Nam.

A quelques pas du studio du groupe dans le 11e arrondissement de Paris, Crazy B revient sur près de 30 ans de carrière ! Amoureux de la black music, que ses frères lui font découvrir, le choc hip-hop intervient en 1983. Ses soirées passées à écouter Dee Nasty sur les radios libres le pousse à s'intéresser aux platines au moment où aucun disque de rap ne se vends en France. En s'inspirant des medleys, très répandus à l'époque, il confectionne aussi ses premiers mixs.

Sept fois champion de France DMC et quatre fois vice-champion du monde, Crazy B participe au Double H DJ Crew de Cut Killer avant de se lancer dans l'aventure Scratch Action Hiro qui mènera à la création des Birdy Nam Nam avec Pone, Need et Little Mike.


Quand débute Birdy Nam Nam ?

Birdy Nam Nam a pris la suite de Scratch Action Hiro en 2002, nous avions décidé de gagner une bonne fois pour toute le DMC et nous l'avons fait. Faster Jay nous a proposé de faire un album de scratch music plutôt que de faire du scratch chez nous toute la journée. Tout le monde est venu chez moi, on s'est enfermé et nous avons fait le premier album en six mois.
C'était assez complexe avec des bouts d'échantillons partout. Les gens ne se rendent pas compte du nombre de détournements effectués sur ce disque, c'est ce qui a fait son originalité, même s'il est d'une autre époque. C'était une révélation, j'ai commencé à visionner que nous faisions un truc particulier à quatre.

Comment à évolué la production depuis ?

Sur le premier album il y a avait déjà des musiciens qui venaient poser, mais nous manipulions les enregistrements comme des samples. Au début il y avait des beats programmés et pas seulement du scratch. Il y a peu de différence de production sur le deuxième album, sauf qu'un producteur [Yuksek] est venu retoucher les morceaux pour avoir un son particulier. Nous voulions muscler notre son pour faire quelque chose qui nous ressemble plus.
Au DMC en 2002, nous faisions déjà une reprise de Rollin' & Scratchin' de Daft Punk, c'était déjà dans notre culture avec toutes nos influences mélangées. Cela reflète totalement ce qu'on est maintenant. Nous avons évolué certainement, mais pas changé. Certains nous disent que nous faisons de l'électro, mais faire de la musique avec la platine, il n'y a pas plus hip-hop que ça.

Et quels ont été les changements techniques ?


Utiliser Serato c'est le bonheur. Faire un album avec que des vinyles est un travail titanesque, avec que des problèmes techniques. L'ingénieur du son nous a remercié aussi. Maintenant nous pouvons composer un morceau et le rejouer le lendemain alors qu'avant il fallait attendre que les vinyles soient pressés.
En concert, nous n'utilisons pas de midi, les sons sont déclenchés avec des pads, c'est le même truc de banger avec l'envie de jouer ensemble. Nous sommes toujours dans le même esprit. C'est toujours ce que l'on a fait, on fait pas moins, pas plus. Il y a seulement moins de freestyle et c'est plus structuré.

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Comment vois-tu l'évolution du DJing en France depuis toutes ces années ?

Ca a pris un coup de vieux. Il y a quelques DJ de bons niveaux en France, c'est une génération intéressante, parfois il y a des mecs super doués, mais ils ne sont pas assez créatifs. Tu ne les vois pas rester longtemps.
Avec les Birdy Nam Nam, nous avons été les premiers à visualiser le truc, à faire de la musique basée sur le scratch. Nous avons fait le chemin et fait accepter qu'un DJ n'est pas qu'un passeur de disque et puisse être dans de gros festivals.
Nous avons aujourd'hui la stature d'un groupe de rock dans notre façon d'être et de fonctionner. C'est cool de pouvoir avoir ce genre de projet qui n'a pas d'ambition radiophonique. On est comparé à Guetta mais c'est différent. Notre démarche n'est pas commerciale, c'est tout l'inverse. Pas de musique immédiate avec des gimmicks faciles. Notre album raconte une histoire, mais certains ne le comprennent pas.

Birdy Nam Nam est actuellement en tournée avec des dates en France et dans d'autres pays d'Europe. Et s'il n'est plus question de scratch, il est toujours question de platines.

Bonus :

- Vidéo de la routine de Crazy B lors de la finale du DMC monde 1998... encore 2e !


- Retrouvez dans la radio du blog quelques morceaux des Birdy Nam Nam et des productions plus anciennes de Crazy B (sur les compilations Hypercut - 2002 - et Le Diamant est éternel -1998 - avec Faster Jay). 

- Un portrait des Birdy Nam Nam écrit par moi-même au moment de la sortie du premier album (novembre 2005).

27 févr. 2012

Scratch Music, un documentaire après l'été

Un teaser du documentaire Scratch music, naissance d'un art vient de circuler sur Internet... il pourrait être diffusé après l'été en France.

DJ Premier scratch sur une scène obscure et rappelle les musiciens qu'un DJ doit nécessairement connaître. Q-Bert explique qu'il raconte sa journée en scratchant. C'est par ces images intrigantes qu'Idée originale vient d'annoncer Scratch music, naissance d'un art, un documentaire de Jérôme Decol et Denis Ramos dont le tournage vient de s'achever.


"SCRATCH MUSIC" teaser officiel par jayricane

Ce film est le troisième d'une série sur les cultures urbaines pilotée par Idée originale. Après Break It sur la danse et On the Wall sur le graff, le dernier volet porte sur le DJing. "Il y a déjà eu beaucoup de vidéos sur le rap, nous avons donc choisi de consacrer la partie de la série sur la musique à la scratch music qui est plein essor en ce moment", explique Jérôme Decol, membre actif de la culture hip-hop au sein notamment du collectif CH2 à Grenoble.

Dans l'esprit des deux autres documentaires, l'idée est de montrer les particularités françaises en la matière. Donc hormis les deux américains déjà cités, les autres DJ interrogés sont C2C, Fly, Mart-One ou les Scratch Bandits Crew.
"Nous commençons le récit à la source, mais nous arrivons vite à l'émancipation actuelle des DJ pour créer leur propre style, rapporte Jérôme Decol, nous ne voulions pas faire 'Scratch 2'..."

Encore en cours de production, le documentaire doit être diffusé sur France Ô et une distribution en DVD de toute la série est aussi prévue.

16 févr. 2012

Lilea Narrative, le trip beat-scratch en format maxi

Le producteur français et son comparse DJ Blockbass reviennent en format maxi avec Feline Boulevard pour continuer à explorer le mélange beat-scratch.

Originaire de Caen, Lilea Narrative découvre la musique assistée par ordinateur dans les années 1990 et s'achète un Atari et le logiciel Cubase, ainsi qu'un clavier. Après avoir longtemps composé seul dans sa chambre, il rencontre les responsables d'un petit label du côté de Caen, Purée Noire, qui sort son premier album, Nouvelle Chair, en 2006.
La rencontre du boss d'Undercover, qui avait sorti le premier Wax Tailor, l'amène à ressortir ce disque l'année suivante avec l'appui de Naïve pour la distribution. Le soutien des Tontons tourneurs lui permet de développer sa musique en studio et sur scène avec des premières dates à Nördik Impakt, aux Transmusicales puis au Printemps de Bourges en 2008. Puis en 2010 sort son deuxième long format, Echantillodrome.
Pour le reste, nous l'avons interrogé...

Comment composes-tu ?

Au départ, c'était un travail de producteur seul dans sa piaule, sans penser à la distribution, à un label ou à la scène. C'était un truc spontané, personnel, sans calcul. En 2006, je travaillais essentiellement sur ordinateur, un clavier maître et des instruments VST [virtuels]. J'avais en plus une MPC sur scène.
Au début, je me cassais vraiment la tête sur les mélodies que je composais et j'ajoutais des samples, surtout de batterie, de voix ou de films. J'utilise désormais nettement plus de samples, même pour les mélodies ou dans la construction des morceaux, que je retravaille et m'approprie. Avec la MPC ou les logiciels tu peux les défoncer et jouer avec.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je n'écoute pas énormément de musique, je ne suis pas boulimique à ce niveau là. En revanche, je passe beaucoup de temps à chercher des sons et à les travailler. Il est clair que l'album de DJ Shadow Endtroducing a été un déclic. Beaucoup de gens qui bidouillaient des instrumentaux dans leur coin pensaient que cela pourrait servir de contribution à autre chose, pas que cela pouvait exister seul, sans l'apport d'un MC par exemple.
Sinon j'écoute beaucoup de choses différentes, du folk, des trucs planants, des musiques de films, etc. c'est très large. Les labels Lex, Warp, Ninja Tune, Def Jux, Anticon avec leur côté hybride m'ont fait kiffer. Company Flow, les premiers Themselves ou Prefuse 73 m'ont influencé dans leur liberté.

L'autre changement intervenu après Nouvelle Chair, c'est l'arrivée de Blockbass, le DJ qui fait les scratchs sur tes morceaux. Comment s'est passée la rencontre ?

Après Nouvelle Chair, j'ai pas mal tourné puis je me suis mis à faire exclusivement de la musique et j'ai commencé à travailler sur mon deuxième album qui a pris pas mal de temps à se faire. Fin 2008, j'ai fait une semaine de résidence à Besançon pour participer à des block parties prévues dans le cadre d'un festival de rue et c'est là que j'ai rencontré Blockbass qui fait partie du groupe de Caen Connecticut, avec notamment Fulgeance.
Par la suite, Blockbass est venu faire quelques scratchs sur mes productions et nous avons tous les deux kiffé le résultat ! Ce qui m'a boosté pour finir Echantillodrome sur lequel il est très présent. Nous avons vraiment commencé à travailler ensemble en 2009, et cela correspond à mon envie initiale de faire un projet à deux, beat et scratch, n'étant pas du tout DJ moi-même.

Blockbass et Lilea Narrative en concert

Comment vous intégrez l'aspect scratch dans ta musique ?

J'avais envie depuis longtemps de travailler avec l'élément scratch et la dynamique qu'il représente. Avec Blockbass, nous avions une référence commune dans ce domaine : Eyedea & Abilities, un groupe américain dans un délire scratch-voix qui a sorti 3-4 albums sur la label Rhymesayers. C'est un trip de scratch très musical et affirmé comme tel. Le scratch est constitutif de la musique.
Nous voulions travailler comme ça avec la volonté que le scratch fasse partie intégrante du morceau. Le DJ ne devait pas faire juste un solo.

Comment se passe le travail de composition avec Blockbass ?

Je commence par faire le gros du morceau et, quand j'ai les grandes lignes, Blockbass me rejoint et nous défrichons le morceau, essayons des choses comme lors d'une répétition pour un groupe. Nous cherchons quels passages développer avec l'idée d'amener de la fraîcheur dans l'utilisation des scratchs et des breaks en évitant les interventions trop bateau.
Sur Echantillodrome, le scratch est très avant, bien dans ta gueule, c'était un trip voulu. Nous étions encore en pleine rencontre. Pour le nouveau maxi, nous avons essayé de le faire apparaître avec plus de finesse. Un souffle ou une cymbale crash en arrière plan peuvent être scratchés. La prochaine étape sera de travailler sur les scratchs d'instruments pour que ça rentre dans la mélodie ou la tonalité.



Comment as-tu débuté le nouveau maxi ?


J'aime le format album et je n'avais jamais fait de maxi avant. J'avais envie de tester ce format car ce n'est pas pareil de raconter quelque chose sur 6 titres que sur 12. Je pense d'ailleurs faire un série de 2 ou 3.
J'ai travaillé sur des éléments de mon son que je voulais faire évoluer, notamment dans le traitement des basses, et puis nous voulions affiner encore le délire beat-scratch avec un côté moins dense, mais plus danse et groovy. Sur certains morceaux, je monte donc en BPM et l'ambiance est moins mélancolique. J'avais envie d'avoir quelque chose de plus lumineux, de prolonger l'ouverture entamée avec Echantillodrome.
Maintenant nous sommes 4 sur scène avec les VJ. Nous avons travaillé sur un nouveau concept l'été dernier pour les prochaines dates.
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Feline Boulevard (Bax Records), qui comprend six titres plus un en téléchargement, est sorti en vinyle début février 2012. Il marque en effet une évolution même si les amateurs de Lilea Narrative retrouveront les éléments qu'ils affectionnent : des beats qui claquent, des mélodies soignées et prenantes, le tout saupoudré de scratchs énergiques dont ces voix piochées dans le rap américain sur Fragments.

Bonus

- Découvrez le clip de 7eme souffle, extrait du maxi Feline Boulevard

Lilea Narrative // 7eme Souffle // Official Movie Clip from Lilea Narrative on Vimeo.

- Retrouvez Feline Boulevard en écoute sur la page Soundcloud de Lilea Narrative ainsi que pas mal d'autres titres et ses deux premiers albums.

- Quelques extraits de Nouvelle Chair et d'Echantillodrome sont aussi en écoute dans la radio du blog, avec quelques titres de Eyedea & Abilities cités en référence dans l'interview.